2/3 DES JEUNES ESTIMENT QUE LES FILMS ET SÉRIES VALORISENT LA CIGARETTE
19 minutes de cigarettes à l’écran dans Asteroid City, 14 minutes de fumée dans Anora, 11 minutes de tabac dans L’Amour ouf, etc. le tabagisme est toujours omniprésent dans la pop culture, que ce soit dans les films, les séries ou les clips musicaux. Cette année, 80 % des œuvres nominées pour l’ « Oscar du meilleur film » et plus de la moitié des séries ciblant les jeunes contenaient des scènes de tabagisme. Par ailleurs, la proportion de clips musicaux montrant du tabac a doublé entre 2021 et 20222.
Une surreprésentation de la cigarette à l’écran qui a un impact bien réel chez les ados : d’après une enquête de l’ACT, près de la moitié des 15-25 ans (48 %) affirment que voir du tabac à l’écran les incite à fumer et deux tiers d’entre eux estiment que les films et séries valorisent la cigarette.
Alors que vient de s’ouvrir le Festival de Cannes, l’ACT lance une grande campagne de sensibilisation pour mettre en lumière ce sujet et plaider pour des mesures concrètes. En organisant aux côtés du créateur de contenus Doigby le « Festival où tu Canes » – le premier festival qui récompense la présence de l’industrie du tabac dans les films – l’ACT démontre que si la cigarette a pu obtenir un rôle au cinéma, c’est avant tout grâce aux manœuvres de l’industrie du tabac.
Cinéma, séries, musique, etc. : quand la pop-culture est au service du lobby du tabac
Dans les années 70, alors que de plus en plus de pays adoptaient des mesures restrictives envers le tabac (taxation, interdiction de la publicité, etc.), les cigarettiers ont considéré le cinéma comme une opportunité de maintenir « l’attractivité « et « l’acceptabilité sociale » de ce produit auprès des jeunes. Philip Morris reconnaissait même que « la majorité des images positives de la cigarette et du tabac [étaient] créés par le cinéma et la télévision ».
C’est ainsi que l’industrie du tabac a fait appel à des agences de placement de produit pour valoriser la cigarette sur grand écran. Grease, Basic Instinct, Men in Black, James Bond : Permis de tuer, Thelma & Louise, etc. de nombreux blockbusters américains ont reçu des financements venus, en majorité, de Philip Morris et de British American Tobacco pour promouvoir la cigarette comme un accessoire cool, d’indépendance ou de rébellion.
Le cinéma français a aussi été subventionné moins jusqu’en 2013 par la Seita (absorbée aujourd’hui Imperial Brands) pour placer principalement ses Gauloises dans Amélie Poulain, Agents secrets, Quartier V.I.P. ou encore Ouf. Les scénarios ont même été réécrits pour bien intégrer les cigarettes dans les films.
L’industrie du tabac a même contacté les agents de stars en vogue pour « faire fumer la jeunesse ». Dans les années 80, la star de Rocky, Sylvester Stallone, signait un contrat d’un demi-million de dollars avec une filiale de British American Tobacco, s’engageant à fumer uniquement des produits de la marque dans ses prochains films. En 2015, Imperial Brand concluait un contrat avec le DJ The Avener pour promouvoir sa cigarette électronique dans le clip du tube « Castle in the Snow ».
À ce jour, ces pratiques illégales de promotion n’ont peu à peu plus fait l’objet de contrats officiels. Pourtant, alors même que son usage diminue dans la société, la cigarette reste omniprésente à l’écran :
- La présence moyenne du tabac dans un film équivaut à 6 spots publicitaires.
C’est parfois plus dans les œuvres récentes : avec 14 minutes de cigarettes à l’écran, Anora
comporte l’équivalent de 28 spots publicitaires. Pour L’Amour Ouf, on compte l’équivalent de 22 spots.
- Plus de la moitié des séries populaires chez les jeunes (53 %) contiennent des scènes de tabagisme,
exposant plus de 25 millions d’ados à ces images. Un exemple criant est Stranger Things dont
la saison 2 contient plus de 260 scènes de tabagisme.
- Dans le clip de « Die with a Smile » de Bruno Mars et Lady Gaga – cumulant plus d’un milliard de vues
et occupant actuellement la seconde place du top mondial des clips musicaux sur YouTube – la chanteuse
passe près de la moitié du clip une cigarette à la bouche.
- Récemment, plusieurs exemples montrent des chanteuses influentes glamourisant le tabac.
Rosalia a offert un bouquet de cigarettes à Charli XCX pour son anniversaire, tandis qu’Addison Rae
fume deux cigarettes en même temps dans son clip Aquamarine.
Cette surreprésentation de la cigarette n’est pas sans conséquence sur la consommation de tabac, en particulier chez les jeunes :
- Le tabagisme dans les films double les risques de commencer à fumer.
Et multiplie par trois le risque de commencer à vapoter.
- 72 % des ex-fumeurs affirment que ces scènes ravivent leur envie de cigarette.
- 2/3 des 15-25 ans estiment que les films et les séries valorisent l’acte de fumer
et près de la moitié d’entre eux (48 %) pensent que la présence du tabac dans
la pop-culture les incite à fumer.
« Si la cigarette est tant présente aujourd’hui sur nos écrans, c’est parce que l’industrie du tabac s’est efforcée de lui donner un rôle. Durant des décennies, elle a massivement investi dans la pop-culture pour présenter la cigarette comme un produit cool, glamour ou héroïque. Bien qu’officiellement interdites, ces stratégies ont fonctionné puisque la cigarette fait encore et toujours totalement partie des scénarios. », analyse Marion Catellin, Directrice de l’ACT-Alliance contre le tabac. « Parce que cela pousse les jeunes dans l’addiction à la nicotine, nous appelons les pouvoirs publics à instaurer avec l’ensemble des parties prenantes une charte pour encadrer la promotion du tabac dans les domaines artistiques et culturels ; tel qu’il était prévu dans le programme national de lutte contre le tabagisme 2018-2022 ».
« Le Festival où tu canes », le premier festival qui récompense la présence de l’industrie du tabac dans les films
Pour expliquer aux jeunes que si leurs idoles fument tant à l’écran c’est avant tout le fruit des manipulations d’un lobby, l’ACT lance « le Festival où tu Canes », le premier festival qui récompense la présence de l’industrie du tabac dans les films.
Portée par le créateur de contenus Doigby – influenceur très apprécié de cette cible – cette cérémonie va démontrer que le lobby du tabac fait son cinéma, et on y voit que du feu : loin d’être un simple choix artistique, une scène de cigarette à l’écran doit être considérée comme un placement de produit qui profite à l’industrie la plus mortifère au monde.
Diffusée en live sur la chaîne Twitch de l’influenceur le jeudi 15 mai à partir de 19h, cette campagne de sensibilisation se déclinera sur différents supports dès le 16 mai :
- Une campagne d’affichage dans les rues de Cannes et de Paris ;
- Des capsules vidéos relayées sur les réseaux sociaux Meta, TikTok et YouTube ;
- Des spots de sensibilisation sur les plateformes de streaming Netflix et Prime vidéo.
Un dispositif 360° qui vise à relayer notre message : ne laissons pas l’industrie du tabac enfumer nos écrans.
Contact presse victoria.leiva@contre-feu.org